vendredi 26 juin 2015

Un mariage civil dans la salle "impériale" de la collégiale ?




La salle des mariages de Nivelles étant indisponible le jour prévu pour une union civile, on a suggéré de l’organiser dans la salle impériale, une « salle haute » située dans l’avant-corps de la collégiale. Un lieu superbe. Lorsque j’avais exploré la tour de la collégiale en 1959, on m’avait montré un tas de gravats en me disant « on ne sait pas s’il y a quelque chose derrière ». C’était la salle impériale.
Sans doute a-t-elle déjà eu dans le passé des fonctions civiles. Ce n’était certainement pas avant tout une fonction cultuelle.
Comme ancien habitant de Nivelles, je me réjouis de ce que ce lieu trouve ou retrouve parfois des usages civils. Du point de vue de la laïcité, afin de reprendre pendant un peu de temps la main sur un patrimoine commun à tous les habitants de la ville. Au Moyen-Âge tous les habitants, quelles que soient leurs convictions ont contribué à son édification et nous-mêmes si nous étions adultes dans les années 70, nous avons payé des impôts pour sa rénovation.
Comme appartenant aussi à la tradition chrétienne, parce que je plaide, depuis plus de 40 ans, pour que les espaces voués à la célébration, ou gérés par les représentants de religions, s’ouvrent parfois, par nécessité ou utilité, à des usages civils ou pour d’autres religions. J’appelle cela l’« hospitalité interconvictionnelle » et j’ai eu l’occasion de participer à des funérailles d’athées et d’agnostiques dans des lieux marqués par le culte catholique. On en a vu un bel exemple il y a quelques années, dans la cathédrale de Liège, lors d’un deuil national lorsque l’évêque de Liège a abandonné pendant quelques heures son rôle de président de culte pour s’asseoir sur la même rangée de chaises que des représentants des cultes reconnus et de la laïcité organisée. Je pense aussi aux funérailles laïques de Christian de Duve à l’église de Blocry.
Je suggère aussi que dans des villages où l’église n’est plus guère utilisée par des fidèles réguliers, elle puisse être utilisée volontiers pour des cérémonies non religieuses et des réunions de qualité. D’une façon claire, un représentant de la communauté paroissiale pourrait accueillir brièvement et céder la préséance en marquant bien le statut de ce qui va être célébré. Ceci pour éviter toute confusion. Ces utilisations religieuses d’un espace public, ou publiques d’un espace religieux doivent évidemment faire l’objet d’un accord clair.
Il n’est pas nécessaire de parler de « désacralisation » provisoire ou définitive. Aucun lieu n’est sacré seuls les humains le sont. Même dédicacés, même marqués de croix, les espaces de célébration sont des espaces publics. Ils sont attribués, dévolus, prêtés… Ils gardent la marque de ce qui y a été vécu. Ils n’imposent pas une foi à ceux qui y célèbrent.
Voilà ! Je me réjouirai(s) donc de voir la salle impériale s’affirmer parfois comme un endroit majeur de notre bonne ville de Nivelles. Et pas seulement pour des réceptions ou des visites touristiques. Aussi pour des moments importants de la vie de ses citoyens.
Sans doute pas de façon régulière mais lorsqu’une occasion se présentera. L’heure n’est plus à la guerre entre les convictions mais à une coexistence collaborative.